10 décembre 2009

Des Liègeois qui se distinguent

Après la double distinction des auteurs Liégeois Serge Delaive et Nicolas Ancion, respectivement Prix Rossel 2009 pour "Argentine" et Prix Rossel Jeunes pour "L'homme qui valait 35 milliards", voici le temps venu d'autres mises à l'honneur pour des Liégeois. Ainsi, Le Soir d'hier mettait en évidence le jeune acteur, Mehdi Dehbi, pour sa performance dans "La folle histoire d'amour de Simon Eskénazy" (Réal. JJ Zilbermann). Bravo à eux !

De la tête bien pleine à la tête bien faite, il n'y a qu'un pas: celui qui sépare la culture de la culture physique. Et cette tête que Sinan Bolat nous a placé dans la lucarne hier soir à Sclessin était particulièrement bien faite. Non seulement, elle nous aidera à oublier celle plus vilaine de Mehdi Carcela à Arsenal, mais elle est assurément à faire figurer dans l'anthologie des plus grands buts de l'histoire du club. Si je peux me permettre de répondre en quelque sorte de manière tout aussi inélégante à la décision de Dick Advocaat de cumuler la direction de l'équipe nationale et celle de l'AZ Alkmaar, ce but de Bolat qui condamne définitivement les néerlandais sur la scène européenne, c'est en quelque sorte la réponse du Klaschkop au Kaaskop.

Liège toujours. Côté Saint Esprit. La Libre nous apprend que c'est un Liégeois qui a le plus de chances de prendre la succession de l'archevêque de Malines-Bruxelles. Par ailleurs, le Conseil communal de lundi s'apprête à voter la candidature de la ville pour l'organisation d'une expo internationale en 2017 ainsi que l'acte de candidature à l'organisation de rencontres dans la cadre de la coupe du monde 2018.

Si une hirondelle ne fait pas le printemps et qu'on a trop longtemps été habitué à se satisfaire de vaches maigres, ne boudons pas notre plaisir de voir notre ville être mise à l'honneur à travers les réalisations de quelques uns de ses citoyens. Et cela sans chauvinisme aucun bien entendu ; - ) !

HB

04 novembre 2009

Se mobiliser contre la violence faite aux femmes

Le 25 novembre prochain, nous célèbrerons la journée internationale de l'élimination de la violence à l'égard des femmes. A cette occasion, le Festival Voix de femmes propose une représentation de la création théâtrale "Les Recluses" de Denis Mpunga. Je tiens absolument à attirer l'attention de tous mes amis sur la chance que nous aurons d'accueillir à Liège ce travail exceptionnel qui met en scène des femmes victimes de violences originaires de l'Afrique des Grands Lacs.

Il y a longtemps que je suis sensibilisé à ces questions via mes nombreux amis rwandais, burundais et congolais. Je suis aussi sensible à la question du genre à la fois sur le plan personnel par le fait que je suis père de deux filles et beau-père de deux autres mais également sur le plan professionnel parce que j'enseigne plusieurs cours où les inégalités hommes-femmes sont centrales. Et enfin, politiquement par mon engagement de conseiller communal.

Or justement, cette expérience fait que je suis assez inquiet de constater combien ces questions de domination et d'inégalité de genre sont insuffisamment discutées et débattues. Pour être franc, je devrais dire que c'est aussi le propre d'autres questions liées à la problématique de l'égalité de traitement en faveur par exemple des handicapés, des immigrés, des minorités sexuelles, etc. Pas plus tard que ce matin, j'ai évoqué avec mes étudiants en anthropologie politique le rôle des divisions sociales dans l'accès au pouvoir politique. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les jeunes maitrisent mal les questions liées au genre et ne connaissent que peu de choses de l'apport de la pensée et de l'engagement politique féministes. Pratiquement aucun de mes étudiants n'avait par exemple entendu l'expression "The personal is political" qu'on traduit aussi parfois en français par "Le privé est politique".

Pour moi, le fait de poser la question de la violence à l'égard des femmes et plus largement celles de leur autonomie et de leur liberté de choix est beaucoup plus fondamental comme débat que celui qui concerne le port du voile. Bien entendu, le voile est en certaines circonstances révélateur de contraintes à l'égard des femmes. Mais, même les plus vifs opposants au voile, reconnaissent qu'il s'agit de bien plus que cela et qu'une bonne stratégie féministe ne peut pas imposer aux femmes une vision a priori de ce qui est bon pour elles du point de vue vestimentaire. De mon point de vue, si l'on veut agir sincèrement pour éliminer les contraintes économiques, politiques, sociales et culturelles qui confinent les femmes, notamment d'origine immigrées, dans certains rôles sociaux ou les privent de certains droits élémentaires comme celui de vivre en sécurité, il faut envisager le débat de manière beaucoup plus large et de manière plus offensive. Plus large, pour éviter de réduire le débat à une seule catégorie de femmes. Plus offensive pour être plus audible, tout en plaçant la focale là où elle doit être placée: sur le machisme et la domination masculine.

C'est dans cet esprit que je rassemblerais un petit groupe de personnes pour mener un petit travail d'éducation populaire autour des "Recluses". Comme je l'avais fait au début de l'année au sujet de la Palestine, j'inviterai des jeunes pour une discussion sur ce sujet. Nous assisterons ensuite ensemble à la représentation et puis j'organiserai enfin un petit débriefing. Je vous tiendrai au courant des dates et lieux sous peu...

Renseignements pratiques: Les Recluses, le mercredi 25 novembre à 20h15 à la Caserne Fonck, Rue Ransonnet - Tarif 12 Euros. Tarif en prévente au Festival Voix de Femmes (En Neuvice, 46), www.voixdefemmes.org: 8 Euros.

29 octobre 2009

27 juin 2009

Les Marocains de Belgique

Télémoustique consacre cette semaine une enquête exclusive aux Belgo-marocains. Les données présentées sont issues d'une enquête réalisée par l'équipe du Prof Abdallah Saaf (Centre d'étude et de recherche en sciences sociales de l'Université de Rabat) à l'initiative de la Fondation Roi Baudouin (le rapport complet est disponible en cliquant ici) .

Bien que je ne partage pas l'ensemble des interprétations avancées par le rapport final, j'ai collaboré et soutenu la réalisation de cette enquête en aidant ces collègues marocains à réaliser les enquêtes de terrain en Wallonie. Quoi qu'on puisse en dire, cette enquête apporte des données nouvelles d'une grande importance pour tous ceux qui s'intéressent à la trajectoire et aux modes d'insertion de la communauté marocaine en Belgique.

Personnellement, le message principal que je tire de cette enquête, c'est qu'il existe un décalage entre le discours et les pratiques. Meme si la communauté marocaine continue à se définir de manière hybride (belge-marocaine, marocaine-musulmane, belge-musulmane ou simplement musulmane), dans la pratique, elle est de plus en plus belge au niveau de ses pratiques. C'est ce qu'a bien compris Pascal De Gendt, le journaliste qui est l'auteur principal de ce dossier du Télémoustique. Il a aussi eu la bonne idée de me donner la parole et de respecter avec une grande fidélité la teneur de mes propos. Je tenais à le souligner et cela d'autant plus que l'enquête révèle la persistance d'une méfiance très profonde de la population belgo-marocaine vis à vis des médias belges.

Pour consulter ce dossier, rendez-vous chez votre libraire ou ici

07 avril 2009

La liste du PS Liégeois pour les élections régionales du 7 juin 2009: analyse et commentaires








Liste du PS pour les élections régionales à Liège

Effectifs
  1. Michel DAERDEN
  2. Isabelle SIMONIS
  3. Alain ONKELINX
  4. Julie FERNANDEZ FERNANDEZ
  5. Dany ADAM
  6. OUVERTURE (F)
  7. Marc BOLLAND
  8. Chantal DANIEL
  9. Ernur COLAK
  10. Denise LAURENT
  11. Linda MUSIN
  12. OUVERTURE (H)
  13. Willy DEMEYER

Suppléants
  1. Maggy YERNA
  2. Mauro LENZINI
  3. Maurice MOTTARD
  4. Déborah GERADON
  5. André VRANKEN
  6. OUVERTURE (F)
  7. Arthur CORTIS
  8. Irène HODY
  9. Bernard FOURNY
  10. Madeleine MAIRLOT
  11. OUVERTURE (H)
  12. Christie MORREALE
  13. José HAPPART

Commentaires:

1. Il y a 13 sièges à pourvoir dans la circonscription de Liège, laquelle correspond à l'arrondissement de Liège. Pour rappel, la Province de Liège compte 4 arrondissements administratifs (Liège, Huy, Verviers, Waremme) mais uniquement 3 circonscriptions électorales (Liège, Huy-Waremme et Verviers). La circonscription de Liège regroupe les 24 communes de l'arrondissement (Ans, Awans, Aywaille, Bassenge, Beyne-Heusay, Blegny, Chaudfontaine, Comblain au Pont, Dalhem, Esneux, Flémalle, Fléron, Grâce-Hollogne, Herstal, Juprelle, Liège, Neupré, Oupeye, Seraing, Saint-Nicolas, Soumagne, Sprimont, Trooz et Visé).
2. Lors de la législature 2004-2009, la répartition des sièges à l'issue du scrutin dans l'arrondissement de Liège était la suivante: PS (6 sièges), MR (3), CDH (2), ECOLO (1), FN (1). La situation en 2004 était le fruit d'un résultat exceptionnel de la liste socialiste. Avec 41,72% des voix, elle était en forte croissance (+ 7,9%) par rapport à l'élection précédente de 1999. Si les sondages se confirment, il faut donc envisager en 2009 la possibilité d'un déplacement de siège(s) défavorable au PS.
3. Bien qu'elle est encore incomplète à ce stade, étant donné que les candidats d'ouverture ne sont pas encore connus, la liste sera presque parfaitement paritaire sur le plan du genre: il y aura au bout du compte 12 femmes et 14 hommes. Ces 26 candidats socialistes recouvrent 16/24 communes de l'arrondissement. La commune de Liège, la plus importante, est la mieux représentée avec 5 candidats (Julie Fernandez-Fernandez, Willy Demeyer, Maggy Yerna, Madeleine Mairlot et José Happart). Elle est suivie par Seraing (2 candidats) et Flémalle (2). Il est à noter que suite à la non reconduction sur la liste de Patrick Avril et au départ vers l'Europe de Frédéric Daerden, les deux bastions socialistes que sont les communes de Herstal et Saint-Nicolas ne seront pas représentés au Parlement wallon lors de la prochaine législature. A noter enfin que Visé est la seule des 5 communes de l'arrondissement où le PS siège dans l'opposition à envoyer un candidat sur la liste.
4. En juin 2004, la liste était emmenée par José Happart, élu directement avec 29.514 voix de préférence. Furent également élus: Charles Janssens (2e effectif - 12.500 voix), Isabelle Simonis (3e effective - 14.408), Patrick Avril (4e effectif - 7.827), Frédéric Daerden (5e effectif et 1er suppléant - 15.673) et Willy Demeyer (13e et dernier effectif - 17.479). En juin 2005, Willy Demeyer démissionnera de son siège de parlementaire wallon suite à son élection à la tête de la fédération liégeoise du Parti socialiste. Il sera remplacé jusqu'à la fin de la législature par Alain Onkelinx.
5. Sur les 6 parlementaires sortants, 3 sont à nouveau candidats (Isabelle Simonis, Alain Onkelinx et José Happart). Si les deux premiers sont quasiment assurés de pouvoir reconquérir leur siège, José Happart qui se présente en dernière suppléance ne devrait plus siéger. Willy Demeyer qui avait démissionné en cours de mandat devrait être à nouveau élu. Par contre, on ne devrait pas (sauf surprise de dernière minute) retrouver Frédéric Daerden, Patrick Avril et Charles Janssen au Parlement wallon.
6. Il s'agit, comme annoncé, d'une liste forte puisqu'elle comprend pas moins de 11 bourgmestres, 1 ministre du gouvernement wallon, le président du Parlement wallon, 1 secrétaire d'état fédérale, 1 députée fédérale, 3 échevines et un conseiller communal.
7. Sur le plan de la diversité culturelle et générationnelle, la liste comprend un candidat d'origine turque, Ernur Kolak (conseiller communal à Visé et 9e effectif) et une représentante des Jeunes Socialistes, Déborah Géradon (4e suppléante).
8. Le président de la fédération du PS Liégeois devrait dans les semaines qui viennent annoncer encore quatre noms de candidats d'ouverture. Ceux-ci devraient se répartir comme suit: un-e représentant-e du milieu culturel, un-e représentant-e du milieu sportif, un-e représentant-e de la multiculturalité et un représentant du milieu sportif.

A tous ces candidats qui s'apprêtent à battre la campagne, j'adresse mes plus chaleureux encouragements !

29 mars 2009

La liste du PS pour les élections européennes du 7 juin 2009: analyse et commentaires








Ce matin, le président du PS, Elio Di Rupo, a dévoilé la liste du PS pour les élections du Parlement européen du 7 juin 2009. Je vous la livre avec quelques commentaires:

Jean-Claude MARCOURT, Premier effectif
Véronique DE KEYSER, 2ème effective
Christiane VIENNE, 3ème effective
Patrick MORIAU, 4ème effectif
Frédéric DAERDEN, 5ème effectif
Valérie DEOM, 6ème effective
Fadila LAANAN, 7ème effective
Philippe COURARD, 8 ème effectif

Marc TARABELLA, 1er suppléant
Simone SUSSKIND, 2ème suppléante
Giovanna CORDA, 3ème suppléante
Fabienne WINCKEL, 4ème suppléante
Nicolas MARTIN, 5ème suppléant
Philippe BUSQUIN, dernier suppléant

Commentaires:

1. Suite à l'élargissement de l'Union européenne, le nombre de sièges qui reviennent à la Belgique au sein du Parlement européen passe de 24/785 à 22/736. Dans le collège électoral français, il y aura 8 sièges à pourvoir au lieu de 9 par le passé (Flandre 13 et Communauté germanophone 1). Le nombre de candidats effectifs sur les listes des partis francophones s'en trouve donc automatiquement réduit à huit.
2. Lors de la législature 2004-2009, la répartition des sièges était la suivante: PS (4 sièges), MR (3), CDH (1) et Ecolo (1). Inutile de faire de grands calculs de probabilités pour avancer que le PS perdra plus que probablement le siège que perdent les Francophones.
3. La liste PS est parfaitement paritaire sur le plan du genre: elle comprend 7 femmes et 7 hommes. Sur le plan géographique, elle comprend 6 hennuyers, 4 liégeois, 2 bruxelloises, 1 namuroise et 1 Luxembourgeois. Il est à noter tout de même que les Liégeois occupent parmi les meilleures places sur la liste, notamment la première et deuxième place effective et la première suppléance.
4. En juin 2004, la liste était emmenée par Elio Di Rupo, élu directement avec 483.644 voix. Furent élus également: Véronique De Keyser (2e effective-46.832 voix), Michel Daerden (9e et dernier candidat effectif-63.565 voix) et Alain Hutchinson (3e effectif-28.672 voix). Elio Di Rupo et Michel Daerden ont immédiatement cédé leur siège à leurs suppléants respectifs: Philippe Busquin et Marc Tarabella. En juillet 2007, Marc Tarabella fut désigné Ministre de la Jeunesse, de l'enseignement de promotion sociale et de la formation. Il cédera son mandat à Giovanna Corda (4e suppléante en 2004)
5. Sur les quatre parlementaires sortants, trois sont à nouveau candidats (V.De Keyser, G.Corda et P.Busquin). Alain Hutchinson, autre parlementaire sortant, ne se représente pas à l'Europe. Il occupe la première suppléance sur la liste du PS à la Région bruxelloise. Marc Tarabella, deuxième suppléant en 2004, et qui avait siégé jusqu'à sa désignation comme Ministre des gouvernements wallon et de la Communauté Française, reprend la première suppléance.
6. La liste présente des candidats très expérimentés, dont la majorité ont fait de la politique leur professsion. Parmi eux, on compte:
- 4 ministres en exercice (J-C.Marcourt, F.Laanan, P.Courard et M.Tarabella)
- une Sénatrice cooptée (C.Vienne), deux parlementaires fédéraux (P.Moriau et V.Déom) et un député régional et communautaire (F.Daerden)
- un parlementaire européen, ancien ministre, ancien président de parti et ancien Commissaire européen (P.Busquin)
- + les deux autres parlementaires européens sortants (V.De Keyser et G.Corda)
- trois experts et collaborateurs de cabinets
7. Cinq candidats seront (à ma connaissance, mais il y en a peut-être d'autres) également présents sur une liste régionale: Christiane Vienne (2e suppléante en province de Hainaut dans l'arrondissement de Tournai-Ath-Mouscron), Patrick Moriau (9e suppléant en province de Hainaut dans l'arrondissement de Charleroi), Fadila Laanan (7e effective à la Région bruxelloise), Philippe Courard (1er effectif en province de Luxembourg dans l'arrondissement d'Arlon, Marche, Bastogne) et Philippe Busquin (9e effectif en province de Hainaut dans l'arrondissement de Charleroi).
8. Sur les 3 députés européens sortants qui se représentent, seule Véronique De Keyser semble pouvoir assurer sa ré-élection sans autre forme de discussion. Non seulement sa deuxième position devrait la mettre à l'abri, mais son bilan au Parlement européen plaidera en sa faveur durant la campagne électorale (Voir le bilan publié par Le Soir d'hier - Cliquez ici). Philippe Busquin avait annoncé sa volonté de se retirer. Il occupe néanmoins la dernière suppléance. Certes, il ne renouvellera pas son mandat mais, par sa présence, il permet à la liste de profiter de sa notoriété et de son expérience. Giovanna Corda qui a siégé à peine un an et demi et dont Le Soir dressait hier un bilan, à mon avis, exagérément sévère (précisément vu la durée de sa suppléance) occupera cette fois la troisième suppléance. Cela ne ne devrait en principe pas lui permettre de siéger. Mais, sait-on jamais, alors qu'elle était 4e suppléante en 2004, elle a néanmoins été promue lorsque M.Tarabella fut désigné Ministre.
9. S'il est difficile de tirer des plans sur la comète par rapport aux noms des personnalités qui seront élues, d'une part, et de celles qui seront amenées à siéger, d'autre part, on peut néanmoins avancer quelques considérations. Tout d'abord, je pense qu'on peut raisonnablement fonctionner sur base d'une perspective de 3 sièges pour le PS. Dans cette hypothèse, je vois mal les premiers et deuxième effectifs ne pas être élus directement. Par contre, l'élection risque d'être fort ouverte et fort disputée à partir de la troisième et jusqu'à la huitième place (pour autant que l'effet dévolutif de la case de tête s'estompe au niveau du deuxième candidat). Entre les ministres et les parlementaires positionnés de la 3e à la 8e place, cela va donc se jouer à l'huile de bras. On verra très vite aussi où chacun place sa priorité. A cet effet, il faut noter que les parlementaires fédéraux dont C.Vienne (3e), P.Moriau (4e) et V.Deom (6e) sont, sauf dissolution anticipée du Parlement fédéral, en place jusqu'en 2011. Quant aux Ministres régionaux et communautaires F.Laanan (7e) et P.Courard (8e), j'ai signalé plus haut qu'ils sont également en position éligible sur une liste régionale.
10. Reste donc le cas de Frédéric Daerden (5e effectif). Initialement pressenti sur la liste pour le parlement wallon à Liège, il a été amené à se repositionner sur la liste européenne pour cause d'incompatibilité. Etant donné que Michel Daerden, son père, sera dans les prochains jours désigné tête de liste dans l'arrondissement de Liège, Frédéric doit s'expatrier à l'Europe. Les pronostiqueurs attendaient Frédo en première suppléance. Il occupe finalement la 5e place effective. Ce sera incontestablement une place de combat. Néanmoins, le siège reste à sa portée, pour autant toutefois qu'il parvienne à capter la sympathie et le potentiel électoral qu'attire habituellement Michel Daerden.

Comme je l'annonçais dans mon billet précédent, je soutiendrais tous les candidats de la liste, mais plus particulièrement les 4 candidats liégeois (J-C. Marcourt, V. De Keyser, F.Daerden et M.Tarabella)


27 mars 2009

L'Europe au coeur de l'actualité de la semaine: ses démons, ses conquêtes et ses horizons méditerranéens

L'Europe était partout dans l'actualité de la semaine. Ainsi Jean-Marie Le Pen vient-il de s'offrir l'une de ses dernières pirouettes médiatiques. En qualité de doyen, le spectre de sa présidence pourrait peser sur l'ouverture des travaux de la prochaine législature du Parlement européen. Dans le flot des actualités qui ont rythmé la semaine, c'est sans doute, pour moi, la nouvelle qui symbolise le mieux l'affrontement entre l'ancien et le nouveau. Collision entre un monde ancien qui se fracasse, et nous avec, et un monde nouveau qu'il nous faut inventer. Le Pen et ses épigones ne pouvaient probablement espérer meilleur terreau que cette crise financière, économique et sociale dans laquelle nous a emmené la pensée libérale. L'extrême-droite ne pouvait espérer meilleure dramatisation pour remobiliser ses antiennes éculées de l'anti Europe, de l'anti-immigration et de l'anti-globalisation. A travers Le Pen, je vois non seulement le nationalisme, le racisme et le négationisme, mais aussi le colonialisme et le poujadisme dans sa version historiquement la plus fidèle (1). Des idéologies et des pratiques politiques qui symbolisent précisément un monde ancien dont le 20è siècle a porté tous les excès et toutes les blessures.

Au delà de cette péripétie dont il faudrait se réjouir si l'action politique de son protagoniste principal devait rester un point de détail dans la mémoire des générations futures, mon sentiment personnel est que l'Europe élargie est depuis quelques années confrontée à un tournant historique. Un tournant qui impose des choix profonds sur la définition même du projet européen. Intuitivement, je pressens que ce combat porte en lui les germes de confrontations politiques sur des bases nouvelles et des affrontements idéologiques sur des clivages renouvelés. Entre la tentation du tout au marché portée par plusieurs générations de décideurs européens, celui du retour au nationalisme et au populisme et celui de la construction d'un projet ouvert sur notre voisinage, solidaire et écologique, le choix de la gauche devrait s'imposer comme une évidence. C'est pourtant loin d'être acquis, y compris parmi les rangs de la gauche européenne.

Pour faire bref, mon sentiment est que l'horizon politique de l'Europe doit passer par la Méditerranée. De tout temps, la Méditerranée a été l'objet de perceptions contradictoires entre ceux qui prétendaient y construire un rempart et ceux qui ambitionnaient d'y fonder un creuset de civilisations. Aujourd'hui, la fracture entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée représente le contraste de richesse et de bien-être le plus important aux frontières extérieures de l'Union européenne. Cédant à une gestion hyper-sécuritaire de la migration, l'espace maritime méditerranéen est aussi devenu le lieu le plus symbolique du refoulement et de l'Europe forteresse. Enfin, et probablement, de manière plus fondamentale, les relations israélo-palestiniennes en Méditerranée orientale portent en elles tous les espoirs, toutes les inquiétudes et tous les démons de l'Europe. Malgré la tentative sarkozienne de sauver le processus de Barcelone via l'Union pour la Méditerranée, il doit maintenant devenir évident pour tous ceux qui en douteraient que si une partie importante de l'avenir de l'Europe se joue en Méditerranée, l'avenir de la Méditerranée se jouera autour de la paix au Moyen Orient et plus précisément autour de la création d'un état palestinien indépendant et viable, aux côtés de l'état d'Israël.

L'Europe est au coeur de l'actualité politique de la semaine, disais-je. Jeudi dernier, précisément, j'intervenais au Parlement européen sur le thème de la citoyenneté de l'Union européenne à l'initiative du Parti Socialiste européen. L'occasion de faire le bilan sur les débats autour de la construction de citoyennetés plus inclusive dans l'Union européenne. Souvenez-vous, c'est en effet, suite à l'adoption du Traité de Maastricht qu'est née la volonté, à travers la citoyenneté de l'UE (CUE), de faire participer les européens qui vivent dans un pays membre dont ils ne possèdent pas la nationalité à la vie politique locale et européenne. C'est aussi le débat qu'a occasionné la CUE qui a permis d'ouvrir en Belgique un débat parallèle sur la citoyenneté politique des étrangers non-européens.

A quelques encablures d'une nouvelle échéance en ce qui concerne les élections européennes, il n'est pas inutile de souligner combien il est important d'encourager tous les européens qui vivent dans notre pays à s'inscrire pour aller voter le 7 juin prochain. En Wallonie, les centres régionaux d'intégration lancent une campagne d'information et de sensibilisation sur le sujet. J'espère qu'elle portera ses fruits et permettra de résorber les déficits de participation que nous avions connus en 2004.

Europe toujours. Samedi dernier, le Parti Socialiste annonçait sa tête de liste pour les élections européennes. La liste sera emmenée par un Liégeois: Jean-Claude Marcourt. Si je suis fort heureux du choix que le parti a fait tant Jean-Claude Marcourt est un excellent Ministre et un excellent collègue au conseil communal, j'éprouve quelques inquiétudes pour le sort qui sera réservé à une autre collègue exceptionnelle: Véronique De Keyser. La liste européenne du parti sera présentée ce samedi lors d'un congrès à Bruxelles, j'espère qu'elle apportera son lot de bonnes nouvelles pour Véronique. En tout état de cause, je participerai à cette campagne européenne en tant que militant, puisque je ne suis candidat à rien lors de cette élection, aux côtés de tous les candidats socialistes et, plus particulièrement de tous les candidats socialistes liégeois, en lice pour le Parlement européen.

Hassan BOUSETTA

(1) Le Pen a été élu député en 1955 sur la liste du parti Union et fraternité française fondé par Pierre Poujade.

17 mars 2009

Célébration de la journée internationale de lutte contre le racisme

Samedi prochain, nous célébrerons la journée internationale de lutte contre le racisme et les discrimination raciales. Différentes activités sont organisées à cette occasion partout dans le pays. A Liège, la ville participera aux côtés du secteur associatif à un festival de court-métrage. Celui-ci se déroulera le 16 mars avec une projection à 14h et une à 16h aux Territoires de la Mémoire (Bd d'Avroy, 86). D'autres activités sont également prévues (voir ici)

Pour ma part, je participerai ce jeudi à une conférence-débat avec Michel de Lamotte (CDH), Christine Defraigne (MR) et Bénédicte Heindrichs (Ecolo). Ce débat suivra la diffusion de l'excellent long-métrage de Mohamed Hamra "Aller-retour" (voir ici).

Par ailleurs, à l'occasion du Conseil communal du 23 mars prochain, j'interpellerai le collège communal, avec ma collègue Véronique Willemart (Ecolo), au sujet de la politique d'égalité des chances et de lutte contre le racisme de la ville.

18 février 2009

Incident au Conseil communal de Liège sur l'éducation à la paix des jeunes liégeois

Suite à l'incident de séance qu'a suscité l'interpellation conjointe de Mme Véronique De Keyser et M. Hassan Bousetta lors du conseil communal de ce lundi 16 février 2009, je tiens à exprimer une série de réactions (*).

1- Le texte de l'interpellation qui a provoqué la réaction véhémente du conseiller Miklatzki (MR) s'en tenait à souligner, dans le respect des compétences de l'autorité communale, l'importance de quelques grands principes auxquels nous sommes attachés: la citoyenneté, l'éducation à la paix et le respect mutuel.

2- Nous regrettons qu'un texte d'appel à la paix et à la non-importation des conflits ait pu faire l'objet d'une réaction aussi agressive de la part d'un membre de l'assemblée communale.

3- Chacun pourra mesurer que l'interpellation initiale ne contenait aucun caractère offensant pour aucune des parties impliquée dans le conflit au Moyen Orient et encore moins à l'endroit des différentes composantes de notre population qui s'identifient à l'une ou l'autre des parties en présence (Voir texte de l'interpellation dans le post précédent).

4- Il est impératif de rappeler que l'interpellation ne mentionnait aucune référence à une appartenance communautaire quelconque. Elle insistait au contraire sur nos responsabilités sociales et notre appartenance à une citoyenneté commune. Il est regrettable que le collègue à l'origine de cette polémique en soit venu, dans ses réactions en séance et hors séance, à réduire notre jeunesse à l'appartenance ethnique de leurs ancêtres.

5- Cette interpellation faisait suite à un travail d'éducation à la paix mené auprès de jeunes liégeois des quartiers populaires à l'initiative d'une série de conseillers communaux, au premier rang desquels les auteurs de l'interpellation. Le refus de l'indignation sélective et de la r
écupération politicienne de la souffrance des populations du Moyen Orient est précisément l'un des messages qu'ils leur ont fait passer. Ce reproche n'est donc pas recevable. Quant à l'accusation selon laquelle cette approche serait de nature à favoriser la montée de l'extrême-droite en Israël, elle est tout simplement ridicule.

6- Nous regrettons enfin le fait que la
réaction de M.Miklatzki se soit faite de manière intempestive car en parfaite contradiction avec le réglement d'ordre intérieur du Conseil communal qui prévoit que les interpellations ne peuvent donner lieu à débat.

7- Si le bourgmestre a jugé utile de rappeler Mme De Keyser à l'ordre sur le fait qu'elle s'est très légèrement écarté du texte de l'interpellation, un rappel à l'ordre à tout le moins équivalent aurait été de circonstance à l'endroit du conseiller Miklatzki.

(*) Le texte de cette réaction a fait l'objet d'un courrier à l'attention du bourgmestre de la ville de Liège Willy Demeyer. Ce courrier à reçu le soutien des conseillers communaux socialistes suivants: Mehmet Aydogdu, Mohammed Bougnouch, Hassan Bousetta, Véronique De Keyser, Jean-Pierre Goffin, Jean-Pierre Hupkens et Fatima Shaban.

Contribuer à l'éducation à la paix des jeunes liégeois

INTERPELLATION

Conseil communal de la ville de Liège

Séance publique du 16 février 2009

Contribuer à l’éducation de tous les jeunes Liégeois à la paix, à la citoyenneté et au respect mutuel.


Véronique De Keyser
Hassan Bousetta
Conseillers communaux
Groupe PS

Monsieur le bourgmestre,
Madame et Messieurs les membres du collège,

La ville de Liège aime à rappeler dans sa communication externe qu’elle abrite plus de 140 nationalités différentes. La multiplicité des origines de notre population est incontestablement un signe de grande richesse culturelle. A travers nos concitoyens d’origine étrangère, le monde est à Liège et Liège rayonne partout dans le monde. Depuis plus d’un siècle, les nouveaux venus ont coexisté avec le reste de la population liégeoise de manière harmonieuse et paisible jusqu’à s’y fondre. Néanmoins, une ville multiculturelle moderne ne peut pas se résumer à une statistique de la diversité. Elle nécessite de la part des pouvoirs publics la mise en œuvre de stratégies visant à faciliter les contacts interculturels et la compréhension mutuelle.

Dans le monde d’aujourd’hui, cette coexistence harmonieuse est parfois mise en danger par des événements lointains. Les tensions et crises internationales peuvent en effet se transformer en conflits importés dans nos villes et nos quartiers. C’est une réalité mais il faut toutefois rester très prudent et mesuré dans l’approche de ce phénomène. Si nous acceptons d’ouvrir ce débat, nous refusons en effet de verser dans ce discours qui consiste à exagérer l’importance de ces conflits importés pour mieux stigmatiser les populations étrangères. Notre approche de la question vise à encourager la ville de Liège à appréhender ce débat avec nuance, en particulier dans le cas du conflit israélo-palestinien.

Pour rappel, le 9 janvier dernier, les Liégeois se sont mobilisés en masse pour exprimer leur solidarité avec la population palestinienne de Gaza. D’autres manifestations de solidarité se sont également exprimées sur le territoire communal. Si dans l’ensemble ces manifestations se sont déroulées dans le calme et le respect, on a pu également noter quelques cas, circonscrits, de comportements violents, agressifs ou haineux.

Ces réactions, que nous condamnons fermement, nous interpellent néanmoins dans la mesure où elles sont souvent le fait de jeunes qui trouvent dans les discours politiques radicaux une réponse à leur malaise identitaire et social. Il y a donc un travail particulier à mener au niveau du secteur de la jeunesse et de l’enseignement pour éviter une mauvaise importation du conflit. Tout l’enjeu est de favoriser, au niveau de notre jeunesse, l’éducation à la paix, à la citoyenneté au respect mutuel et de promouvoir l’apprentissage du dialogue et de la résolution non-violente des conflits.

D’autres communes en Belgique ont pris, en la matière, des initiatives qui méritent d’être relevées (accueil d’enfants Palestiniens dans les Ardennes pendant les vacances scolaires par la commune de Molenbeek, création d’un cyberespace pour permettre aux jeunes de communiquer avec des jeunes palestiniens à Viroinval, etc.)

Nous avons nous-mêmes contribué à alimenter une démarche de dialogue sur ces questions avec des jeunes liégeois au niveau de la société civile. Via cette interpellation, nous souhaitons encourager le collège à initier à travers sa politique de la jeunesse et de l’instruction publique des initiatives nouvelles visant à mieux faire connaître la réalité du conflit au Moyen-Orient, à sensibiliser les intervenants du secteur de la jeunesse et de l’enseignement sur la nécessité de dialoguer pacifiquement, à prévenir toute importation du conflit et à promouvoir des initiatives en faveur d’une paix juste, équitable et respectueuse de la légalité internationale

10 février 2009

La Palestine, Israël et nous: l'après Gaza

En partenariat avec la FGTB Liège-Huy Waremme, l’Association Belgo-Palestinienne-Liège et le Centre culturel arabe en Pays de Liège, l’Union Liégeoise pour la Défense de la Paix organisait ce vendredi 6 février une conférence-débat consacrée aux conséquences de l’offensive israélienne à Gaza. Cette activité a rassemblé plus de 150 personnes qui ont pu assister à un débat d'une excellente facture.


Cette initiative que j'ai souhaité a été réalisée avec le soutien d’une série de conseillers communaux liégeois du groupe PS (Véronique De KEYSER, Mehmet AYDOGDU, Mohammed BOUGNOUCH, Jean-Pierre GOFFIN, Jean-Pierre HUPKENS, Fatima SHABAN).


Cette conférence-débat avait été préparée par un travail d’éducation à la paix de jeunes liégeois…


Soucieux d’éviter une importation conflictuelle du conflit et les réactions agressives ou haineuses qu’il peut engendrer, l’initiative avait été prise d’organiser une séance de préparation ce mardi 3 février au cours de laquelle une trentaine de jeunes ont pu participer. Cette réunion préparatoire a été l’occasion d’une présentation de l’histoire du conflit israélo-palestinien et d’un débat. Un dossier didactique a également été diffusé aux jeunes présents.















Cette rencontre sera suivie par une double interpellation du collège communal de la ville de Liège le 16 février prochain visant à :


  1. Appeler les écoles et les services d’aide à la jeunesse à proposer des animations et des séances d’éducation à la paix permettant aux jeunes de mieux comprendre les enjeux du conflit israélo-palestinien et d’éviter une importation conflictuelle du conflit.

  1. Demander au collège communal d’exprimer au Conseil d’Administration de DEXIA notre ferme opposition à la politique de financement de colonies en territoire palestinien occupé par sa filiale Dexia Public Finance Israël.

28 décembre 2008

Liège, capitale européenne de la culture en 2015? Réponse à Nicolas Ancion

[Voir mon post précédent et les réactions qu'il a suscité. Le texte qui suit est ma réponse à la réaction de Nicolas Ancion. (Voir ici). Afin de vous offrir un plus grand confort de lecture, je ne l'ai pas publiée en tant que commentaire du post précédent mais comme un nouveau sujet à part entière. Bonne lecture]


Cher Nicolas Ancion,


Merci pour votre réaction concernant mon post au sujet du dossier Liège 2015 et de la capitale européenne de la culture. Vous m’interpellez sur une série de points précis. J’y réponds volontiers. Même si je partage un grand nombre de vos appréciations, je constate, à vous lire, que je dois effectivement procéder à quelques clarifications. J’en profiterai aussi pour poursuivre le débat sur quelques points complémentaires.


Avant de tenter de vous répondre, je dois préciser que je me suis exprimé, et que je continue à le faire ici, à titre tout à fait personnel. Je le fais d’initiative, donc sans avoir été mandaté. Ceci doit être tout à fait clair entre nous car ce que je dis n’engage ni mes collègues du groupe des conseillers socialistes, ni le PS et encore moins le collège. Je pense d’ailleurs qu’en toute logique le collège ne devrait pas défendre la même position que la mienne. J’imagine que s’il avait voulu défendre l’abstention, la non-participation ou le « non », il aurait laissé s’enclencher la procédure de la consultation populaire d’initiative citoyenne puis procédé à un recomptage des signatures. Bref, il aurait gagné du temps. Or ce n’est pas ce qu’il a fait. Il a, au contraire, opté pour une consultation d’initiative communale. Et on imagine mal un collège quel qu’il soit venir sous les feux de la rampe solliciter de sa population et d’initiative un avis négatif sur un titre européen de prestige.


On ne peut donc pas dire que les autorités de la ville n’ont pas entendu l’appel citoyen. Personnellement, je le répète, je suis favorable à la consultation populaire sur la question précise soutenue par les 22 000 Liégeois-es. Avec la seule petite réserve que j’aurais trouvé plus normal de laisser aller la procédure de la consultation populaire d’initiative citoyenne. Mais fallait-il pour cette nuance rompre l’unanimité du Conseil ? Non, assurément. Pour autant, il n’y a, je crois, aucune ambigüité sur le sujet de ma part. Le titre de votre post (« Quand un OUI voté à l’unanimité cache des NON mal déguisés ») prête à confusion. On peut recueillir l’unanimité sur le principe de consulter la population et exprimer – avouez-le, de manière fort peu déguisée tout de même – une opinion négative sur l’objet du référendum.


Par ailleurs, il ne s’agit pour personne de prêcher contre sa ville, ses artistes et son milieu culturel. Ce serait un comble ! Je partage, Monsieur Ancion, votre admiration pour ce que le collectif à réalisé comme prouesse citoyenne. Il me semble que si nous visons probablement le même objectif de rehausser notre politique culturelle, nos positions divergent sur le plan des moyens. En prenant publiquement cette position, dont je sais à l’avance qu’elle ne sera pas populaire, j’essaie de faire correctement mon boulot d’élu, c'est-à-dire de faire preuve d’anticipation sur le déroulement des choses – ne dit-on pas d’ailleurs que gouverner c’est prévoir ? [@Raph : désolé, j’avais écrit ceci avant de te lire] – ; ce qui implique bien entendu aussi une évaluation un tant soit peu réaliste de notre propre capacité à influencer le cours des événements vers l’objectif souhaité. Pour moi, il ne faut pas en venir à sacraliser le titre de capitale européenne de la culture. D’autres initiatives de dimension internationale sont possibles à Liège à l’horizon 2015. Certaines moins coûteuses, certaines moins contraignantes du point de vue timing et certaines plus originales. Car si, comme je le crains, nous n’obtenons pas la capitale européenne de la culture, une grande partie des efforts déployés l’aura été en vain et il faudra reprendre tout à zéro dans un rapport de force moins favorable face à la Communauté française.


Selon mon point de vue, la ville serait dans une meilleure posture si la question avait été plus ouverte. Si nous avions par exemple demandé quelque chose comme: « Souhaitez-vous que la ville de Liège organise un événement culturel majeur, multi-disciplinaire et de dimension internationale en 2015 ? », nous ne serions pas enfermé dans un carcan aussi étroit. Mais ce regret est inutile. Il est trop tard. Il faut maintenant s’en tenir à la question posée et uniquement à celle-là.


Pour le coup, ce seront donc les Liégeoises et les Liégeois, et non plus le Conseil qui les représente, qui nous diront dans quel sens trancher la question. La question qui sera posée devra être celle posée par l’appel citoyen : « Souhaitez-vous que Liège dépose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 ? ». Quel que soit le résultat, le collège et le Conseil auront le devoir moral, plus que juridique, de se plier à la volonté populaire. Mais pour qu’elle puisse s’exprimer de manière informée, je crois qu’il faut accepter que les deux positions continuent à dialoguer et à se confronter. Dans ce contexte, je pense qu’il n’est pas démocratiquement malsain qu’un conseiller communal fasse œuvre de transparence, explique comment il va voter et pourquoi. Sur la forme, je pense l’avoir fait avec modération et en acceptant de reconnaître qu’aucun de mes arguments n’est décisif et définitif. Ils n’invalident en aucune manière le raisonnement de ceux qui souhaitent déposer la candidature de la ville. En théorie, on peut toujours résoudre l’équation des 5 mots en « è » et solutionner la question du projet, du porteur de projet, du budget, des relais et des délais. En pratique, j’ai plus de doutes. Même si nous n’en sommes qu’à l’étape des pré-projets, nous sommes par rapport à nos concurrents largement en retard (voir www.mons2015.eu).


Mes craintes concernant les délais sont aussi motivées par ma petite expérience personnelle. En 2004, j’ai eu l’occasion de diriger un programme de 80 journées d’activités culturelles, artistiques et scientifiques réparties sur l’ensemble de la Communauté Française. C’était à l’occasion de la commémoration des 40 ans de la convention bilatérale belgo-marocaine de recrutement des travailleurs. Autant dire que c’était un événement de taille microscopique face à l’organisation d’une capitale européenne de la culture. Cet événement m’a néanmoins conduit à programmer des expositions de photos, des pièces de théâtres, des journées consacrées au documentaire et à la fiction, des activités tournées vers la situation des femmes, des concerts, deux one-man show, une soirée d’ouverture au Palais des Beaux Arts à Bruxelles qui a rassemblé 2000 personnes une soirée de clôture qui en rassemblé près de la moitié, etc. Au total, l’organisation de cet événement m’a pris deux années de travail bénévole acharné en plus du travail d’une dizaine d’autres administrateurs bénévoles et de deux professionnels engagés à temps plein. Je mesure donc très bien le type d’énergie qu’il faut mobiliser pour réaliser un projet dont l’ampleur correspond à un budget de 100 millions €. Il est certain que la préparation ne peut être le fait que d’une équipe professionnelle de plusieurs personnes qui consacrent tout leur temps et toute leur énergie à cela.


Avec cette consultation populaire, je crois que nous pouvons tous nous réjouir de l’ambition retrouvée d’une génération entière de jeunes Liégeois-es. Mais, Liège a subi suffisamment de revers, pour savoir qu’il ne suffit pas de proclamer son ambition urbi et orbi pour que le redressement advienne. Retrouver une place en vue sur la scène internationale en matière culturelle, artistique, éducative, sportive, etc., nécessite de prendre appui sur un environnement politique, administratif, budgétaire, financier, économique et social solide. Il suffit de penser ici au type de sponsoring privé qui peut être mobilisé à Liège. On vient de voir avec le rabotage de la contribution d’Ethias dans l’expo Delvaux que le capitalisme liégeois n’est pas encore prêt de sauver la création et que la crise financière fragilise encore plus fort les villes moyennes en cours de redéploiement. Même si des avancées importantes ont été engrangées ces dernières années par les pouvoirs publics, nous sommes encore fragiles. Et, si on peut commencer progressivement à retrouver des ambitions, c’est aussi parce qu’une génération de décideurs a pris sur elle de travailler avec sérieux et abnégation à l’assainissement des finances de la ville et à son redressement. Il faut pouvoir reconnaître le rôle de ces acteurs au premier rang desquels figure notre actuel bourgmestre.


J’en viens à présent à votre interpellation qui est sans doute la plus directement provocatrice : quels sont mes projets culturels ? Vous croyez déceler une contradiction dans mon propos lorsque je plaide pour une augmentation linéaire des budgets culturels dans la période 2009-2015 sans en préciser l’affectation. Personnellement, je n’y vois pas de contradiction. Un événement one-shot comme la capitale culturelle européenne repose sur la définition préalable d’un axe de travail ou d’une thématique précise. C’est autour d’un concept qu’une ville se rassemble et fédère ses acteurs culturels pour projeter dans l’espace européen une certaine idée d’elle-même. Pour qu’il soit porteur et porté, le projet d’une ville doit tendre vers la déclinaison la plus fidèle de son identité. Pour dire les choses platement, Liège aurait bien du mal, même avec la meilleure volonté du monde, à se présenter comme l’avant-garde de la révolution post-industrielle ou du post-modernisme. Construire un dossier de capitale européenne de la culture implique des choix artistiques, esthétiques, mais aussi institutionnels. Cela sous-entend donc aussi l’exclusion d’options rivales. Autrement dit, ce n’est pas toute la production culturelle ni tous les acteurs culturels d’une ville qui sont concernés mais une sélection plus ou moins large. Certes, tout le monde pourra participer, mais tout le monde ne pourra pas décrocher les budgets espérés. Par contre, dans la démarche graduelle que j’évoque, il ne s’agit pas de rassembler sur un thème précis, mais d’augmenter nos dépenses de fonctionnement et d’investissement de manière constante de 2009 à 2014 mais autour de principes directeurs, bref d’étoffer notre politique culturelle sur base de l’existant et, au bout du compte, organiser un événement d’ampleur internationale. De mon point de vue, celui devrait être moins lourd budgétairement que les chiffres cités plus haut et, surtout, conçu dans la perspective d’une pérennisation. A ce sujet, je prends note au passage du scepticisme de certains collègues de l’opposition par rapport à une politique qui miserait excessivement sur l’événementiel (Alain Leens, « La culture à Liège. Analyse critique, partiale et prospective », Liège Septembre 2008).


Concernant notre politique culturelle, je partage de nombreux arguments, réflexions et propositions avancés tantôt par l’échevin de la culture (dont je ne suis pas toujours bien certain qu’on mesure tout le travail de fond qu’il mène depuis le début de la législature), tantôt par des collectifs comme celui de Liège 2015 et tantôt par d’autres intervenants. D’autres l’ont dit. Je les rejoins : la politique culturelle de la ville pourrait, c’est vrai, constituer une sorte d’aiguillon symbolique du redressement liégeois. Comment ? Au-delà de ce qui est proposé par le collège dans les actions prioritaires du projet de ville 2007-2015, ma préférence personnelle, puisque c’est sur cela que vous m’interrogez, irait vers une dynamisation de notre action culturelle autour de quelques grands principes (non exhaustifs):


- L’internationalisation : encourager les initiatives de mise en réseau transfrontalière et internationale. Personnellement, je souhaiterais par exemple (et ce n’est qu’un petit exemple parmi d’autres) qu’on soutienne davantage les résidences d’artistes de créateurs originaires de pays où la liberté et les droits humains sont menacés. J’ai eu l’occasion d’y réfléchir avec des amis algériens durant les années noires du terrorisme dans ce pays. Je sais ce que cela pourrait nous ouvrir comme horizons de fraternité avec le reste du monde et ce que cela pourrait apporter comme force de libération aux sociétés soumises à l’autoritarisme. Quand on sait que notre ville a été choisie pour accueillir le monument national à la Résistance, je me dis que la résistance, ça a encore du sens aujourd’hui aux quatre coins de la planète et que nous devons nous associer encore plus aux combats pour la dignité des êtres humains menés dans le reste du monde.

- L’interculturalisation : celle-ci est liée à la première dimension. Je pourrais écrire des pages entières sur ce sujet. Mais je me limiterai à dire qu’inscrire cette perspective dans nos politiques culturelles comme nous le faisons pour la première fois sous cette législature est fondamental. L’échevin Hupkens se bat pour que l’interculturel ne soit pas un sous-secteur de la culture réservé à des populations ghettoïsées et dont les cultures sont folklorisées. L’interculturalisation est une démarche pertinente pour l’ensemble du secteur de la création.

- La régénération urbaine : la ville en tant qu’espace territorial et humain doit être réinterrogée. Notre ville est malade d’une fusion des communes mal digérée. Redéployer la culture à l’échelle de la communauté urbaine, notamment par la création d’un centre culturel régional serait déjà une étape intéressante. Réfléchir à la participation des habitants des quartiers vulnérables et à leur place dans les politiques culturelles comme nous souhaitons le faire à travers le projet de Charte de coopération culturelle est une autre voie. A l'heure, où nous sommes engagés dans une réflexion sur de nouveaux grands chantiers (Médiacité, Droixhe, Esplanade de la Gare des Guillemins, Grand Curtius, Emulation, etc.), il n'est pas inutile de mieux comprendre ce que nous plaçons comme identité culturelle dans la brique, et ce que nous plaçons comme briques dans notre identité culturelle.

- La démocratisation : le collectif Liège 2015 peut légitimement se targuer d’avoir contribué à secouer le dossier des liens entre culture et démocratie. Je n’en dirai pas plus. Mais c’est un énorme chantier qui ne fait que commencer.

- Une attention renouvelée à l’implémentation : les objectifs les plus louables sont tributaires des conditions de leur mise en œuvre. Il faut donc en parallèle continuer à réfléchir à des questions complémentaires comme l’accessibilité des infrastructures, leur financement, leur entretien, leur rénovation, la nécessaire transversalité de la politique culturelle, les conditions de financement, les lieux de valorisation du travail des artistes, les articulations entre culture d’excellence et culture populaire, etc.


Sur base de ces éléments, on pourrait, me semble-t-il, dériver des thématiques et des projets sur l’univers de la ville, l’universalité de la ville et l’universel dans la ville. Mais bon, je ne fais qu’exprimer ici un tropisme personnel. Comme je l’ai dit plus haut, rédiger un projet de haut niveau pour une capitale européenne de la culture ne peut être que le fruit du travail d’une équipe de professionnels de haut niveau entièrement consacrés à la tâche.


J’en viens finalement à ma place au sein de la commission culture et interculturalité. Vous me demandez, ni plus ni moins, de me démettre de ladite commission, qui est, je le rappelle au passage, une commission permanente du Conseil. Je n’en reviens toujours pas qu’un homme de culture puisse formuler de tels arguments. Et j’ai le plus grand mal à comprendre comment d’autres militants du collectif peuvent se laisser aller à glisser sur cette pente. Mais, nô didjo, quelle est cette conception de la démocratie au nom de laquelle vous parlez ! Ce que vous racontez manque de pertinence. Depuis quand est-ce qu’on compose les assemblées représentatives à la carte ? Les mandats au sein de la commission de la culture comme dans toutes les autres commissions sont répartis proportionnellement entre les groupes qui composent le conseil, et dont les membres sont élus au SUFFRAGE UNIVERSEL. Moi aussi, j’aimerais que M. Frérard ne participe plus à la commission du Bourgmestre. Mais il se trouve que plus de 1000 Liégeois ont décidé qu’il devait y être. Que devons-nous faire ? L’éjecter du Conseil. L’interdire de commission ? Allez, soyons sérieux. Cet argument n’a pas de sens, ni sur le fond et encore moins sur le plan procédural. Vous devez en effet traduire l’accord de lundi passé. Par l’implication de la commission de la culture dans le montage du dossier, il faut comprendre qu’elle agira comme une instance de contrôle démocratique. Pour rappel, « Les Commissions du Conseil sont chargées, chacune pour ce qui la concerne, de l’examen des affaires qui sont inscrites à l’ordre du jour du Conseil communal ou qui leur sont soumises par le Collège communal. » (Article 13 du règlement d’ordre intérieur du Conseil communal de Liège). Elle ne sera pas un groupe de travail chargé de faire un brainstorming ou de produire les textes de la fiche et du dossier qui seront soumis au jury de sélection, sauf si l’échevin Hupkens, comme il l’annonce dans La Meuse de vendredi 26 décembre, décide d’ouvrir la commission à toutes les forces vives du milieu artistique et culturel.


En temps normal et en fonction du règlement, les conseillers peuvent, tout au plus, soumettre des points additionnels à l’ordre du jour de la commission. Ceux qui souhaitent contribuer par des textes et des réflexions au montage du projet devront donc s’adresser en direct à l’échevin de la culture et non au président de la commission de la culture. Je les y encourage vivement d’ailleurs. Et rien ne pourra empêcher les « conseillers enthousiastes », comme vous dites, de se faire entendre en commission comme en séance publique du Conseil d’ici au 1er mars.


Pour ma part, j’en resterai là dans ce débat. Croyez-bien, Monsieur Ancion, que mon respect et ma sympathie pour les ardents défenseurs du dossier restent entiers. Et je n’ai nulle intention de faire obstruction à leur belle mobilisation. Toutefois, je ne peux pas me contraindre à partager une conclusion politique à laquelle je ne crois pas. Je ne pense pas que nous seront encore en mesure de l’emporter le 1er juin prochain. Voilà donc. J’ai dit mon point de vue. Il sera probablement minoritaire mais j’ai parlé en conscience. A nos concitoyens à présent de nous dire ce qu’ils en pensent.


Avec l’expression de mes meilleures salutations,


Hassan Bousetta


Commentaire posté par Nicolas Ancion sur son blog (cliquez ici)

Merci, monsieur Bousetta, d'avoir pris le temps de répondre en détail, d'une fort belle façon et votre nom propre. Je comprends mieux le fonctionnement de la commission culture à présent. Je m'étonne tout de même que, puisque votre groupe politique soutient la candidature officiellement à présent, vous puissiez adopter une position "en retrait" dans cette commission. Ce n'est pas avec cette attitude que l'on gagne un combat mais j'ai bien compris que vous n'avez pas l'ambition de le remporter, vous êtes si bien persuadé que nous allons échouer, que vous préférer ne pas vous lancer dans l'aventure. Il y a des jours où l'Echevin de la Culture doit se sentir seul...
Merci d'avoir également présenté, en termes fort politiques et abstraits, malheureusement, votre projet culturel. Je préfère les listes concrètes et les accumulations d'idées, mais chacun est libre d'adopter le ton qui lui convient.
Vous me donnez l'envie de commencer à lancer quelques idées sur ce blog et ailleurs pour lancer des pistes concrètes pour que le projet ne soit pas un simple procès de bonnes intentions ;-)
Bonne soirée à vous et bonne chance pour la suite de votre combat. Pour celui-ci, vous nous l'avez bien expliqué, nous devrons faire sans vous.

Ecrit par : Nicolas Ancion | 28/12/2008

Sans moi cette fois ci, mais je ne désespère pas de vous retrouver dans tous les cas après le 1er juin. S'il faut reprendre les choses à zéro en cas de défaite, nous les reprendrons ensemble. Si j'ai eu tort et que Liège l'emporte, il me restera encore l'art-haha-kiri
HB

Ecrit par : Hassan Bousetta | 28/12/2008

23 décembre 2008

Liège, capitale européenne de la culture en 2015 ? Pourquoi je voterai « Non » lors de la consultation populaire du 22 février 2009.



Auto-interview

Hassan Bousetta

Conseiller communal

Groupe PS.





Peux-tu nous expliquer ce qui s’est récemment passé au Conseil communal concernant le dossier de candidature de Liège au titre de capitale culturelle européenne en 2015?


Ce lundi 22 décembre 2008, le Conseil communal de notre bonne cité a pris, à l’unanimité, la décision de consulter la population liégeoise sur l’opportunité d’introduire la candidature de la ville de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015. C’est la deuxième fois que le Conseil était ainsi amené à s’exprimer sur cette question. Le 26 mai 2008, il s’était déjà exprimé une première fois. J’avais, à l’époque, voté contre l’introduction de la candidature de la ville, de même que j’avais refusé ensuite de signer l’appel à signature pour l’organisation d’une consultation populaire. Et pourtant depuis le début de cette campagne menée tambour battant par le collectif Liège 2015, j’ai suivi cette revendication avec une grande attention, pour ne pas dire avec une certaine empathie et même une sympathie certaine pour certains de ses protagonistes.


Jusqu’à présent, je me suis astreint à une certaine discrétion sur ce blog. Je me suis même abstenu de m’exprimer publiquement tout court sur ce dossier. Pourquoi ? Parce que si l’on veut réaliser un travail collectif structuré à l’intérieur de son groupe politique, il importe, me semble-t-il, de ne pas s’exprimer trop rapidement à titre personnel et de respecter le temps politique nécessaire à ce que les politologues appellent l’agrégation des préférences et qu’on pourrait traduire par la période nécessaire à la construction d’un consensus ou encore plus simplement l’élaboration d’une opinion majoritaire. Dans ce dossier, et compte tenu de sa forte politisation par l’opposition écolo-libérale, j’ai pensé qu’il valait mieux éviter de m’étaler sur tous ces supports que j’utilise abondamment et dont je raffole (Blog, site Internet, Facebook, etc) mais qui créent une fausse impression d’immédiateté de l’action politique. Si l’on veut être sérieux et efficace en la matière, mieux vaut ne pas s’épancher, étaler ses humeurs ou dévoiler ses états d’âme. Mais comme il appartient à présent à nos concitoyens de trancher la question par la voie de la démocratie directe, je pense qu’il est à présent de mon devoir d’exprimer avec le plus de clarté et de détails possibles les raisons qui m’amèneront à voter « Non » lors de la consultation populaire qui sera organisée par la ville de Liège le 22 février 2009.


Pourquoi est-ce que tu t’es opposé au mois de mai dernier à la demande d’introduction d’un dossier liégeois au titre de capitale européenne de la culture ?


A ce moment là, nous étions davantage face à une mobilisation identitaire qu’à un véritable projet culturel pensé et articulé. Le contexte euphorique dans lequel baignait notre région suite à la victoire du championnat de Belgique par le Standard le 21 avril 2008 n’y était pas complètement étranger. Bouli Lanners l’a d’ailleurs clairement exprimé dans une interview à La Libre le 16 mai dernier : « Le foot n’est pas ma tasse de thé, mais quelque chose revit à Liège avec le Standard. Je sens que les Liégeois ont besoin de cela. Liège en a ramassé plein la gueule pendant 25 ans. C’est normal que la roue tourne un peu. » C’est donc comme en écho au titre du Standard que certains acteurs culturels ont ressuscité la demande d’un refinancement de la culture qu’ils avaient déjà eu l’occasion de mettre sur la table à l’occasion de la campagne électorale communale de 2006. Le vendredi 2 mai 2008, les initiateurs du collectif Liège 2015 publient sur Internet un « Appel public pour que Liège soit capitale européenne de la culture en 2015 ». Ces artistes et intellectuels « en devenir » comme les qualifiera le bourgmestre avec un brin d’amertume perçoivent l’importance, bien légitime au demeurant, de développer une idée forte au service de la culture à Liège. Très rapidement, grâce à une mobilisation bien orchestrée sur Internet, ils rassemblent 7 000 signatures à la veille du Conseil communal du 26 mai 2008, puis 9 000 par la suite. Et c’est cet élan qui dès le lendemain du vote négatif du Conseil communal finira par se transformer en demande de consultation populaire.


Personnellement, mon analyse était parfaitement convergente avec celle de l’échevin de la culture Jean-Pierre Hupkens et reposait sur quatre motivations essentielles. Primo, il y avait l’absence d’un projet culturel digne de ce nom dans le chef des pétitionnaires. Et cela reste d’ailleurs vrai à ce jour. Si Mons à choisi de travailler sur la rencontre entre la technologie et la culture, nous sommes, aujourd’hui encore, bien en peine de dire sur quoi nous pourrions rassembler une plateforme d’acteurs autour d’un projet cohérent. Et ce n’est pas faute d’y consacrer énormément de temps. Depuis qu’il est en place, l’échevin de la culture a pris de nombreuses initiatives, y compris internationales, pour redéfinir un concept culturel fort pour la ville. Bien entendu, cela commande inévitablement un temps de mise en œuvre. Secundo, nous étions face à l’absence d’un porteur de projet. Lors d’une conférence de presse dont les extraits sonores sont encore disponibles en ligne (cliquez ici) , le collectif Liège 2015 déclarait assez étonnamment que son rôle consistait à lancer le débat sans qu’il lui incombe d’organiser d’aucune manière que ce soit le service après-vente, et notamment le montage du dossier! C’est là un argument qui m’a beaucoup surpris et qui révèle une certaine légèreté dans la démarche. Mon troisième argument concernait la rareté des budgets disponibles. Considérant qu’il faut au minimum rassembler une centaine de millions d’Euros pour organiser un événement digne de ce nom, et considérant nos moyens actuellement disponibles au budget communal, il me paraissait aventureux de s’avancer vers un horizon fait d’autant d’inconnues. Alors bien entendu, on peut escompter des moyens en provenance de la Communauté française, de la Région Wallonne et de l’Europe. Cela n’empêche que la démarche menacera directement la mise en œuvre de notre politique culturelle pour toute la période 2009-2014, comme l’a rappelé le Ministre Jean-Claude Marcourt lors du débat au Conseil du 26 mai dernier. Quatrièmement, et finalement, le projet de capitale culturelle européenne à Liège est, et restera confronté, à une carence au niveau des relais mobilisables tant au niveau du monde des décideurs politiques, que des administrations publiques ou même des grandes institutions culturelles de la ville qui, majoritairement, ne se sont pas prononcées en faveur de Liège 2015.


Ton vote positif d’aujourd’hui est-il un revirement par rapport à ton vote du mois de mai dernier ?


Absolument pas. Selon moi, on ne peut en aucune manière reprocher aux conseillers de la majorité d’avoir changé de position. Ils n’ont tout simplement pas changé de position. On ne peut procéder à une telle affirmation sans sacrifier à un minimum d’honnêteté intellectuelle. En mai dernier, nous étions face à une pétition de citoyens sur Internet. Avec tout le respect qu’on peut avoir pour la cyber-militance, une pétition online ne peut pas être de nature à suspendre le travail délibératif des représentants élus. Ce que j’ai lu à ce moment là sur les blogs au sujet de la démocratie bafouée est de l’ordre de l’exagération et me fait penser que certains de nos concitoyens actifs ont une définition des procédures démocratiques particulièrement dépouillée. Jamais, je n’accepterai qu’une pétition sur Internet puisse servir d’argument définitif pour contester une délibération d’un conseil librement et démocratiquement élu. Je considère évidemment ce type de prises de positions comme des éléments à prendre en compte dans un dossier global. Mais, je sais aussi qu’on pourrait rassembler davantage de signatures encore via Internet pour des projets nettement moins bien intentionnés. Je mesure aussi très bien le fait que stimuler des passions identitaires via des pétitions ne peut se faire sans un minimum de vigilance démocratique. Dans le cas de la consultation populaire, par contre, nous sommes dans un autre registre. Une demande de consultation populaire introduite dans les formes prescrites est un droit du citoyen, encadré par des normes et une procédure précise. Dès lors qu’elle est activée, elle suspend, sur la question posée, le processus démocratique représentatif. Et la conséquence logique que le collège de la ville aurait peut-être dû mieux anticiper est qu’il n’existe aucune autre solution possible que le respect de la procédure et de l’initiative citoyenne. Nulle tergiversation, nul compromis possibles, quand bien même les initiateurs de la pétition auraient eux-mêmes formulés cette demande de compromis. Faut-il vraiment s’étonner que le projet d’accord autour d’une fondation des arts émergents sur le site de la Dentisterie à Bavière se soit soldé par un plomb dans la gencive autant que dans l’aile ?


Pourquoi voteras-tu « Non » lors de la consultation populaire ?


Je voterai « Non » pour les mêmes raisons que celles qui m’ont amené à voter « Non » lors du Conseil communal du 26 mai dernier. Vous remarquerez qu’à aucun moment n’interviennent dans mon raisonnement des considérations concernant des accords pris à d’autres niveaux de pouvoir ou l’influence d’une chefferie quelconque. Soyons par ailleurs de bon compte sur toute la ligne. Aucune des quatre motivations que j’ai exposées plus haut ne constitue une cause rédhibitoire à l’introduction d’un dossier de pré-candidature. Après tout, lorsque la motivation est présente, et elle doit l’être à chaque instant dans une ville en plein redressement comme la nôtre, ces obstacles peuvent être surmontés. Comment d’ailleurs ne pas se laisser séduire par l’idée que sa ville puisse être dans un futur proche capitale culturelle de l’Europe ? Comment ne pas céder à l’enthousiasme que suscite une telle perspective ? Comment ne pas voir que la culture, comme le tourisme, sont appelés à jouer un rôle déterminant dans le redressement économique de notre région ? Comment ne pas voir qu’à Liège, nous pourrions faire de cette capitale européenne de la culture autre chose, et bien plus, qu’une capitale des cultures européennes ? Comment ne pas tirer un brin de fierté de cet élan populaire pour la culture que le collectif Liège 2015 a réussi à créer ? Comment ne pas voir que les artistes mobilisés au sein de ce collectif n’expriment rien qui soit de l’ordre de la politique partisane mais seulement et uniquement un cri d’amour pour leur ville ? Tout cela m’apparait de manière limpide.


Mais si nous voulons éviter de préparer la candidature de Malines 2015 ou une gueule de bois le 2 juin 2009, lendemain de la réunion du comité de présélection, nous devons assumer de soutenir une collaboration active avec la candidature de Mons 2015 au nom des arguments que j’ai évoqués plus haut mais aussi de cette solidarité wallonne dont nous avons encore récemment été les grands bénéficiaires sur d’autres matières. Mons décompte les heures (voir ici). Elle se veut cigale et prête à chanter du printemps à l’automne 2015. Soyons Fourmi durant la période intermédiaire. Battons-nous pour obtenir une croissance linéaire des budgets consacrés à la culture à Liège d’ici à 2015 afin de nous illustrer dans des initiatives parallèles mais pérennes. Travaillons à ce scénario Fourmi 2015 car nous partons définitivement trop tard dans la course et nous risquons de nous heurter à un mur, comme le remarque avec beaucoup de lucidité l’un des initiateurs de la pétition (voir ici).Que ce soit au niveau de la consultation populaire au cas où elle n’obtiendrait pas les 10% requis pour le dépouillement ou après avoir déposé notre candidature, évitons de nous aventurer vers cette situation délicate où notre tableau de bord nous indiquerait de manière prématurée : LIEGE 2015, GAME OVER.